Toulon, ce 19 juin 1998



   A celui qui rêve, si haut et si loin...

  Car Toulon est beaucoup plus complexe et dangereuse que je ne le pensais, et bien des fois je me suis égaré dans des dédales que je n'imaginais pas: piège tentaculaire, la ville ne cessait de dérouler autour de moi ses rues tortueuses et interminables d'où je croyais parfois ne jamais pouvoir m'échapper.

   Mais la force avec laquelle je désirais aboutir me permit de m'en sortir. Pour malheureusement constater que la plus petite comme la plus large avenue ne comportait pas ce que je recherchais: l'horloge au mouvement suspendu qui, lentement, figeait tout autour de nous.

   J'ai donc décidé de diriger mes pas dans les environs, vers ces villages que j'espérais à l'abri de la néfaste influence de la noire cité. Si vous saviez combien grande fut ma déception lorsque je trouvai ce que je pensais être la source de nos problèmes, dans le village de La Garde, charmant en apparence, mais dont le nom ne pouvait prêter à confusion: quel secret ces ruelles pouvaient bien préserver?

 

   Sans doute celui de cette horloge dont je vous fais ici parvenir deux photographies. La noirceur de la colonne qui jaillit du sol vous empêchera peut-être d'y reconnaître des éléments que je trouve inquiétants: une hache, tout d'abords, qui marque ouvertement les intentions violentes de celui qui a bâti cette mécanique infernale. Le constructeur qui a aussi fait figurer ses instruments de travail, le compas et le fil à plomb, qui ne sont pas sans rappeler les symboles d'anciennes confréries aux desseins aussi hermétiques que dangereux. Enfin, et surtout, on peut y voir une balance en total déséquilibre, dont le fléau a disparu, sûrement parce qu'il s'est déjà abattu sur nous...

   Quant à l'horloge elle-même, et malgré qu'elle porte les traces d'une soi-disant manifestation commémorative, vous aurez je pense remarqué qu'elle ne portait plus qu'une aiguille.

   Tout en me gardant bien des conclusions trop hâtives, je pense tenir ici une des sources du mal qui ronge nos rues et nos sous-sols. Je m'en vais donc de ce pas tenter de remonter un peu plus loin, vers celui ou celle qui a fait tout cela, ou vers le noeud tellurique qui doit palpiter quelque part sous nos pieds. Qui sait si je ne pourrais pas y changer quelque chose?

   Je vous souhaite beaucoup de courage pour vos propres travaux, et j'espère pouvoir vous contacter plus rapidement que je ne l'ai déjà fait jusqu'à présent.

 

   très amicalement

 

Le Gardien des Rêves du Sud.

 

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